La ville
japonaise de Fukushima, capitale de
la préfecture qui a été contaminée suite à l’accident sur la centrale
nucléaire, provoqué par le séisme et le tsunami de 2011, espère accueillir les
compétitions des JO de Tokyo en 2020.
Le gouverneur
de la préfecture Masao Utibori a
déjà mené des pourparlers à Tokyo, au cours desquels cette idée a été discutée.
Selon le gouverneur, les installations sportives dans la ville sont adaptées
pour les compétitions olympiques. Le gouvernement municipal propose notamment
d’organiser dans la ville plusieurs matchs de football de la phase de groupe en
toute sécurité, malgré la proximité de la centrale Fukushima-1, située à
environ 60 km de la ville.
L’organisation
des compétitions de qualification en dehors de Tokyo est l’une des propositions
du Comité international olympique (CIO), conformément à sa nouvelle stratégie «
Agenda-2020 ». Initialement, le pays candidat faisait jouer dans sa demande la
compacité des équipements sportifs à Tokyo, assurant que les stades et les
gymnasiums seront situés dans un rayon de 8 km du village olympique sur une île
artificielle dans la baie de Tokyo. Mais depuis lors, les organisateurs des JO
ont changé d’avis, envisageant l’organisation des compétitions dans d'autres
villes du Japon: à Osaka et à Hiroshima.
Est-ce bien
réaliste d’organiser les compétitions à Fukushima dans 5 ans ? Cela ne
nuirait-il pas à la santé de tenir des compétitions internationales dans la
préfecture dont une partie importante est contaminée par les radionucléides et
près de la centrale où des incidents surviennent régulièrement ? L’experte du Centre
de radioprotection de la Fédération de Russie Alla Sipiaguina reste sceptique quant à cette idée.
« Je n’y organiserais pas les compétitions,
surtout des compétitions des Jeux Olympiques », dit-elle. « Pour décider si
l’on peut les organiser ou non, il faut s’orienter sur les niveaux précis de
contamination radioactive. Si des « zones propres » existent dans cette région,
il est fort probable que cela n’est pas si effrayant. Sauf que cela est rare
que des zones propres avoisinent des zones contaminées. N’y a-t-il pas d’autres
régions pour organiser les JO au Japon ? J’imagine qu’ils veulent nous prouver
que tout va bien dans cette région. Mais il faut réfléchir aux gens qui s’y
rendront… »
Alexandre Ouvarov, le
chef du Centre d’information russe Atominfo, relativise.
« Apparemment c’est un coup de publicité »,
explique-t-il. « C’est le désir de montrer qu’à Fukushima tout va bien. Il est
possible de trouver des zones propres dans une préfecture d’une telle
superficie. La population n’a pas quitté certaines zones de Fukushima. Et, si
les gens peuvent y vivre, ces régions sont propres. En tous les cas, il s’agit
d’un ou de plusieurs matchs pour lesquels les gens resteront dans la région une
demi-journée, cela reste donc sans danger pour leur santé. Les sportifs et les
spectateurs accumuleront une dose que ne sera pas plus élevée que celle qu’ils
recevront dans les autres préfectures du Japon, ou dans leur pays respectifs.
C’est le stress qui sera plus dramatique pour eux. Et ce stress est inévitable.
Les gens qui ne savent presque rien du fonctionnement du rayonnement
radioactif, et qui ont entendu parler de l’incident sur la centrale nucléaire
de Fukushima, seront très mal à l’aise, une fois arrivés dans la préfecture. En
résumé, il n’y a pas de danger véritable, mais je ne recommanderais pas de se
lancer dans l’organisation des JO à Fukushima… »
La préfecture
de Fukushima risque de rester à longtemps «
une zone contaminée », comme Tchernobyl. Dans certains cas, les mythes sur
les dangers sont bien plus vivants que le danger réel, et c’est le cas ici. On
verra si le CIO acceptera la proposition d’organiser certaines compétitions des
JO de Tokyo à Fukushima.
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