dimanche 21 juin 2026

En 1639, un OVNI a été observé au-dessus de Boston, dans le Massachusetts

Le 1er mars 1639, trois hommes dérivent sur une rivière des environs de Boston, face à une lumière qui change de forme, fonce comme une flèche, puis disparaît — les laissant inexplicablement reportés un mille en amont, contre le courant, sans souvenir d'avoir ramé.

Boston, Massachusetts — Près de quatre siècles avant que les sigles UAP et OVNI n'entrent dans le vocabulaire courant, un texte d'une sobriété toute puritaine relatait déjà une rencontre que la postérité qualifiera, non sans malice, de premier signalement d'objet volant non identifié sur le sol nord-américain. L'auteur n'était ni un marin ivre ni un pamphlétaire en mal de sensation : c'était John Winthrop lui-même, premier gouverneur de la colonie de la baie du Massachusetts, fondateur de Boston et auteur du célèbre sermon de la "cité sur la colline". Son journal, monument de l'historiographie coloniale américaine, consacre une entrée à un épisode qui tranche radicalement avec ses notations habituelles sur les récoltes, les conflits avec les tribus algonquines ou les querelles théologiques qui agitaient alors la jeune colonie.

Une nuit ordinaire sur la Muddy River

L'affaire débute modestement. James Everell, décrit par Winthrop comme "un homme sobre et discret", embarque avec deux compagnons sur un "lighter" — une barge à fond plat utilisée pour le transport de marchandises — afin de descendre la Muddy River, un cours d'eau tributaire de la rivière Charles qui serpentait alors à travers les marais du Back Bay, avant que ce quartier ne soit comblé au XIXe siècle. La zone, aujourd'hui absorbée par le tissu urbain de Boston et de Brookline, à proximité de l'actuel stade de Fenway Park, n'était en 1639 qu'une étendue de vasières et d'eaux saumâtres bordée de pâturages où l'on menait paître le bétail durant l'été.

C'est dans ce décor que surgit, selon le récit consigné par Winthrop, une lumière d'une intensité inhabituelle.

Le récit du gouverneur

L'entrée du journal, datée du 1er mars 1639, mérite d'être restituée dans son intégralité tant sa précision tranche avec le ton habituellement laconique de Winthrop. Lorsque la lumière demeurait immobile, elle s'embrasait et mesurait, selon les témoins, environ trois yards de côté — soit près de neuf pieds, ou un peu moins de trois mètres. Lorsqu'elle se déplaçait, elle se contractait et prenait la silhouette d'un porc, filant alors avec la vélocité d'une flèche en direction de Charlestown, sur l'autre rive, avant de répéter ce manège durant deux à trois heures.

Mais c'est la suite du récit qui a, plus que tout, alimenté la légende. Les trois hommes, qui avaient dérivé sur près d'un mille au fil du courant pendant qu'ils observaient le phénomène, constatèrent qu'une fois la lumière disparue, leur embarcation se trouvait revenue à son point de départ — remontée contre la marée, sans qu'aucun d'eux ne se souvienne avoir ramé. Winthrop précise enfin que "plusieurs autres personnes dignes de foi" auraient, par la suite, aperçu la même lumière au même endroit.

Un homme dont la parole faisait autorité

L'identité du témoin principal n'est pas un détail anodin dans une société puritaine où la crédibilité d'un récit reposait entièrement sur la réputation de celui qui le rapportait. Winthrop prend soin de souligner qu'Everell jouissait d'une "bonne réputation, d'une activité reconnue et d'un certain bien" à Boston — une façon, dans le vocabulaire de l'époque, de certifier qu'il ne s'agissait ni d'un ivrogne ni d'un affabulateur. Pour un gouverneur soucieux de l'ordre moral de sa colonie, consigner un tel épisode sans le démentir équivalait à lui accorder un crédit certain.

L'historien Nick Pope, ancien enquêteur du ministère britannique de la Défense sur les phénomènes aériens non identifiés, a souligné récemment que la rigueur du témoignage rejoint un schéma observé dans nombre de signalements contemporains : les témoins les plus souvent cités — pilotes, policiers, militaires, opérateurs radar — sont, eux aussi, choisis pour leur sérieux et leur sobriété présumée.

L'hypothèse du feu follet, et ses limites

L'explication la plus communément avancée par les commentateurs ultérieurs renvoie au phénomène de l'ignis fatuus, ce "feu follet" qui résulte de la combustion spontanée de gaz issus de la décomposition de matières organiques dans les zones marécageuses — et la Muddy River, dont le nom même évoque la vase, en offrait un terrain propice. James Savage, qui republia le journal de Winthrop en 1825, avançait déjà cette explication dans une note de bas de page, estimant que la frayeur ambiante et l'imaginaire de l'époque, prompt à voir la main du diable dans tout phénomène inexpliqué, avaient pu amplifier un événement somme toute naturel.

L'hypothèse se heurte cependant à plusieurs détails du récit. Le feu follet est un phénomène qui s'élève du sol et reste généralement localisé au ras des marais ; il ne franchit pas en quelques secondes la distance de plus de trois kilomètres séparant la Muddy River de Charlestown, et ne se déplace pas "comme une flèche" dans le ciel nocturne. L'hypothèse météoritique se heurte, elle, à la durée de l'observation — deux à trois heures —, bien supérieure à celle d'un bolide qui ne reste visible que quelques secondes. Quant à l'aurore boréale, sa présence à la latitude de Boston demeure possible mais rare, et n'explique ni le déplacement erratique ni la forme prêtée à la lumière.

Le détail du porc, ou la mémoire du quotidien

Reste la question, plus troublante qu'il n'y paraît, de la forme animale décrite par les témoins. Certains chercheurs y voient un indice purement psychologique : la Muddy River et ses environs servaient alors de pâturage estival pour les porcs destinés à l'abattage, le hameau ayant d'ailleurs pris par la suite le nom de Brookline. Il n'est pas exclu que les trois hommes, ayant croisé ou entendu des porcs plus tôt dans la journée, aient inconsciemment projeté cette image familière sur une masse lumineuse de forme indéfinie — une hypothèse qui n'enlève rien à la sincérité du témoignage, mais qui interroge la façon dont l'esprit humain façonne l'inexplicable à partir du connu.

Une colonie sous tension théologique

L'épisode survient dans un contexte qui n'est pas sans intérêt pour qui cherche à comprendre l'état d'esprit de la colonie en 1639. Quelques mois plus tôt à peine, en 1638, Winthrop avait présidé au bannissement d'Anne Hutchinson, figure centrale de la controverse antinomienne qui avait profondément divisé la communauté puritaine sur des questions de grâce divine et d'autorité religieuse. Dans une société qui venait de vivre cette crise théologique majeure, et qui interprétait le moindre événement naturel comme un signe potentiel de la volonté divine — ou de l'intervention diabolique —, l'apparition d'une lumière insaisissable au-dessus des eaux ne pouvait qu'alimenter les spéculations les plus diverses.

Winthrop lui-même ne livre dans son journal aucune interprétation de l'épisode, contrairement à d'autres entrées où il n'hésite pas à évoquer l'intervention du "malin". Ce silence interprétatif, chez un homme par ailleurs prompt à commenter les signes de la Providence, a souvent été relevé par les chercheurs qui se sont penchés sur le texte.

"Quand elle s'arrêtait, elle s'embrasait, et mesurait environ trois yards de côté ; quand elle filait, elle se contractait et prenait la forme d'un porc : elle courait, rapide comme une flèche, vers Charlestown, et ainsi de suite pendant deux ou trois heures."

— John Winthrop, journal personnel, 1er mars 1639

Document d'archive

Extrait traduit du journal de John Winthrop, "The History of New England from 1630 to 1649", entrée du 1er mars 1639 :

"Cette année-là, un certain James Everell, homme sobre et discret, ainsi que deux autres personnes, virent une grande lumière de nuit sur la Muddy River. Quand elle s'arrêtait, elle s'embrasait et mesurait environ trois yards de côté ; quand elle filait, elle se contractait et prenait la forme d'un porc : elle courait, rapide comme une flèche, vers Charlestown, montant et descendant ainsi pendant deux ou trois heures. Ils avaient dérivé dans leur barge sur environ un mille, et lorsque tout fut terminé, ils se retrouvèrent ramenés contre la marée jusqu'à l'endroit d'où ils étaient partis. Plusieurs autres personnes dignes de foi virent par la suite la même lumière, au même endroit."

Un précédent qui ne resta pas isolé

Le journal de Winthrop ne s'arrête pas là. Cinq ans plus tard, le 18 janvier 1644, le gouverneur consigne un nouvel épisode troublant : trois hommes regagnant Boston en barque auraient vu deux lumières s'élever de l'eau près de la pointe nord de la ville, prendre une forme humaine, s'approcher de la cité puis disparaître à la pointe sud. Une semaine plus tard, un autre récit évoque une voix mystérieuse s'élevant des flots du port, que Winthrop associe à l'explosion d'un navire et au souvenir d'un marin disparu, soupçonné de son vivant de pratiquer la nécromancie. Ces occurrences répétées, toutes consignées par la même plume rigoureuse, suggèrent que l'épisode de 1639 n'avait rien d'une anecdote isolée dans l'esprit du gouverneur, mais s'inscrivait dans une série d'observations qu'il jugeait suffisamment sérieuses pour être archivées.

La mémoire du lieu, aujourd'hui

L'épisode n'a pas sombré dans l'oubli. En 2019, les artistes Ann Hirsch et Jeremy Angier ont installé le long de la Muddy River, dans le parc paysager dessiné par Frederick Law Olmsted à Brookline, une sculpture intitulée "Winthrop's UFO" — un volume lumineux évoquant la silhouette du porc décrite près de quatre siècles plus tôt. Le lieu, aujourd'hui pris entre les infrastructures sportives et les jardins paysagers de l'Emerald Necklace, conserve ainsi la trace tangible d'un mystère né dans l'obscurité des marais coloniaux.

Ce qu'il reste de l'énigme

Près de quatre siècles après les faits, l'épisode de la Muddy River demeure dans cette zone grise où l'historien se heurte aux limites de sa discipline. Le texte source ne souffre d'aucune ambiguïté de transmission : il émane d'un document de première main, rédigé par l'une des figures les plus influentes et les mieux documentées de l'Amérique coloniale, et corroboré, selon ses propres termes, par plusieurs témoins indépendants. Aucune des explications naturelles avancées — feu follet, météore, aurore boréale — ne rend compte de l'ensemble des éléments rapportés : la durée de l'observation, la trajectoire erratique, et surtout cette heure perdue que les trois hommes ne purent jamais s'expliquer. Reste, comme souvent dans ces archives anciennes, l'impossibilité de trancher entre l'erreur de perception, l'amplification du récit au fil des veillées, et la possibilité, ténue mais jamais tout à fait écartée, que quelque chose d'authentiquement inexpliqué se soit produit cette nuit-là au-dessus des marais de Boston.

Légende - Photo
Gemini, CC0,
Sources
TagsO.V.N.I.
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