Satan est un ouvrage de l'enseignant de la Kabbale Rav Berg qui propose une interprétation spirituelle et psychologique de la figure de Satan, en rupture avec la représentation traditionnelle d'un être démoniaque incarnant le mal absolu. S'appuyant sur les enseignements de la Kabbale, l'auteur présente Satan comme une force intérieure présente chez chaque individu, dont le rôle est de mettre l'être humain à l'épreuve afin de favoriser son évolution spirituelle.
Selon Rav Berg, l'« Adversaire » ne constitue pas une entité extérieure cherchant à nuire à l'humanité, mais représente l'ensemble des impulsions négatives qui éloignent l'individu de son potentiel. Cette force se manifeste notamment par la peur, le doute, la colère, l'égoïsme, la procrastination, le découragement ou encore l'autosabotage. L'auteur considère que ces réactions constituent les principaux obstacles à l'épanouissement personnel et à la croissance spirituelle.
L'ouvrage développe l'idée que chaque difficulté rencontrée dans la vie possède une finalité éducative. Les épreuves, les conflits et les périodes d'incertitude sont décrits comme des occasions permettant à chacun de dépasser ses limites et de développer des qualités telles que la générosité, la patience, la maîtrise de soi ou la compassion. Dans cette perspective, les résistances ne sont pas perçues comme des punitions, mais comme des mécanismes destinés à renforcer la conscience spirituelle.
Une partie importante du livre est consacrée au libre arbitre. Rav Berg affirme que l'être humain dispose en permanence du choix entre céder aux réactions impulsives dictées par son ego ou agir selon des valeurs plus élevées. Chaque décision prise dans le sens du partage, de la responsabilité ou de la bienveillance affaiblit l'influence de l'Adversaire et rapproche l'individu de ce que la tradition kabbalistique nomme la Lumière, symbole de la conscience divine.
L'auteur insiste également sur le fait que la transformation personnelle ne peut être obtenue par des croyances passives ou par des rituels seuls. Elle exige un travail quotidien d'observation de soi, une remise en question constante et la volonté de transformer ses réactions automatiques en choix conscients. Cette démarche vise à développer une plus grande maîtrise de ses pensées et de ses émotions.
Tout au long de l'ouvrage, Rav Berg adopte un ton pédagogique et accessible, illustrant les concepts kabbalistiques par des exemples de la vie quotidienne. Il invite le lecteur à considérer les difficultés non comme des échecs, mais comme des opportunités de progression intérieure.
Au-delà de son approche religieuse, Satan s'inscrit également dans la littérature consacrée au développement personnel et à la spiritualité. Son message central est que le principal adversaire de l'être humain réside moins dans les circonstances extérieures que dans les mécanismes psychologiques qui limitent son évolution. En apprenant à reconnaître et à dépasser ces résistances, chacun peut accéder à une existence plus consciente, plus libre et davantage orientée vers son accomplissement spirituel.
Auteur : Philip Berg ISBN 10 : 2290439185 ISBN 13 : 978-2290439180 Nombre de pages : 224 Editeur : J'ai lu Date de publication : 16 juin 2026
Le 5 août 1953, peu après la tombée de la nuit, la base aérienne d'Ellsworth, alors l'une des installations les plus sensibles du Strategic Air Command dans le Dakota du Sud, allait devenir le théâtre de ce que le capitaine Edward J. Ruppelt, premier directeur du Projet Blue Book, qualifiera plus tard de « meilleur rapport d'OVNI jamais versé aux archives de l'armée de l'air ». En l'espace de quelques heures, des radars militaires, des pilotes de chasse et une quarantaine de civils allaient converger vers le même constat troublant : quelque chose survolait le ciel du Dakota du Sud, et ce quelque chose n'obéissait à aucune loi connue de l'aéronautique.
L'alerte de Blackhawk
Tout commence à Blackhawk, petite localité à une dizaine de kilomètres à l'ouest de la base. Mrs Phyllis Kellian (parfois orthographiée « Killian » dans certaines sources secondaires), observatrice bénévole du Ground Observer Corps — ce réseau civil chargé de guetter d'éventuels bombardiers ennemis en pleine Guerre froide — repère une lumière rouge vif, basse sur l'horizon nord-est, à environ huit heures du soir. D'abord immobile, la lumière se déplace soudainement de trente degrés, jaillit à la verticale, puis revient à sa position initiale avant de filer vers Rapid City à grande vitesse. Formée à la procédure, Mrs Kellian alerte aussitôt le centre de filtrage de la région, qui la met en relation directe avec le contrôleur radar de service à Ellsworth.
Confirmation radar et premier décollage
L'officier de service détecte immédiatement un écho solide et net sur son écran, stationnaire à 16 000 pieds d'altitude, exactement là où Mrs Kellian situe la lumière. Trois aviateurs sont dépêchés à l'extérieur et confirment visuellement une lumière se déplaçant du nord au sud à grande vitesse. À 20h24, le lieutenant John W. Stockham, en patrouille de combat à bord d'un F-84D Thunderjet, est dérouté vers la zone. Il repère une lumière argentée « plus brillante que n'importe quelle étoile » et amorce son approche. Mais à mesure qu'il s'en approche à environ cinq kilomètres, l'objet accélère brutalement vers le nord-ouest, maintenant obstinément la distance.
Une poursuite de cent vingt miles
La chasse se poursuit sur près de cent vingt miles (environ 190 kilomètres), l'objet et le F-84 franchissant la frontière du Dakota du Nord sous l'œil du radar au sol, qui suit sans discontinuer les deux échos. Le pilote, à court de carburant, doit rebrousser chemin. Il confiera plus tard à Ruppelt avoir été « bien content de manquer d'essence », tant l'idée de rester seul, la nuit, au-dessus d'une région aussi désolée, face à un objet impossible à distancer, avait de quoi inquiéter.
Le contrôleur radar, lui, restera marqué par le sang-froid extraordinaire exigé de lui cette nuit-là. Selon le récit qu'il livrera à Ruppelt, l'objet semblait doté d'un système d'alerte automatique lié à sa propulsion : chaque fois que le chasseur s'approchait à moins de cinq kilomètres, la cible « accélérait automatiquement et reprenait de l'avance » — un comportement de maintien de distance qui allait devenir l'un des éléments les plus étudiés du dossier.
Le second intercepteur et le viseur radar verrouillé
De retour à la base, le F-84 de Stockham croise un second appareil déjà en alerte : les pilotes du escadron, ayant suivi les échanges radio, refusaient d'y croire. L'un d'eux, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de Corée, insiste pour décoller à son tour. C'est le lieutenant David K. Needham qui prend les commandes. Grimpant à 15 000 pieds, il repère l'objet à sa droite, en dessous de lui : une lumière changeant du blanc au vert, se déplaçant de façon erratique. Needham grimpe jusqu'à 26 000 pieds pour le poursuivre. Selon son rapport officiel, rédigé de sa main dans les jours suivants, il enclenche son viseur radar de tir — non pour ouvrir le feu, mais pour vérifier la nature solide de la cible. Le voyant de verrouillage s'allume et reste actif pendant toute la poursuite, un détail que l'armée de l'air expliquera plus tard par un dysfonctionnement, bien qu'aucune trace de maintenance sur cet équipement n'ait été retrouvée dans les semaines suivantes.
Le verdict de Blue Book et le doute qui subsiste
L'astronome J. Allen Hynek, alors conseiller scientifique du Projet Blue Book, se montrera dans un premier temps convaincu de la matérialité du phénomène, écrivant en novembre 1953 au capitaine Charles A. Hardin que « des objets solides sont certainement indiqués par les preuves ». L'affaire sera plus tard réexaminée par le Condon Report, en 1968, dont les enquêteurs avanceront une explication par propagation anormale des ondes radar liée à une inversion de température — l'écho de l'objet ne serait, selon cette thèse, qu'un artefact du propre écho radar du F-84. Mais cette hypothèse peine à expliquer pourquoi l'écho est resté net et distinct du F-84 durant les cent vingt miles de poursuite, jusqu'à sortir de portée radar dans le Dakota du Nord. Pour Ruppelt, en définitive, l'affaire d'Ellsworth demeurera, faute de mieux, officiellement non identifiée.
« Le contrôleur vit l'objet commencer à bouger, l'observatrice le vit bouger, et le pilote le vit bouger — tous trois, au même instant. » — Capitaine Edward J. Ruppelt, ancien directeur du Projet Blue Book
Document d'archive : rapport du lieutenant David K. Needham (extrait traduit)
Extrait traduit du rapport officiel AF Form 112-Part I, daté du 5 août 1953, versé aux archives déclassifiées de l'US Air Force :
« À 21h15, heure locale des Rocheuses, le 5 août 1953, j'ai décollé à bord d'un F-84 pour effectuer une patrouille aérienne de combat. Environ trois minutes plus tard, j'ai contacté le contrôle Grady par radio. Grady m'a informé que le Ground Observer Corps avait repéré un objet volant (une lumière) au nord-est de Black Hawk, dans le Dakota du Sud. Grady m'a demandé d'aller enquêter, sans pouvoir me communiquer la vitesse, le cap ou l'altitude de l'objet. Après trois demandes de vecteur adressées à Grady pour rejoindre les environs de Black Hawk, j'ai fini par apercevoir ce qui semblait être l'objet. Au moment de la détection, je suivais un cap de 330 depuis la base d'Ellsworth, à 15 000 pieds d'altitude. L'objet se trouvait à environ trente degrés sur ma droite, et semblait suivre une trajectoire parallèle à la mienne, à une altitude inférieure. L'objet était une lumière d'intensité variable, alternant du blanc au... [document partiellement illisible]. Quant à la taille exacte de cet engin, il est difficile de se prononcer, mais compte tenu de l'altitude à laquelle il semblait se trouver, et à en juger par sa position apparente par rapport au relief environnant, je dirais qu'il mesurait entre six et neuf mètres de diamètre. Je le précise en raison des quelques secondes seulement pendant lesquelles j'ai pu observer cet engin ; j'ai également aperçu son sillage. »
Légende - Photo Dual Freq, Public domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1866883
Il est un peu plus d'une heure du matin, ce 31 mars 1993, lorsque les téléphones du ministère britannique de la Défense commencent à sonner sans discontinuer. En l'espace de quelques heures, plus d'une centaine de témoins répartis dans l'ouest de l'Angleterre — dont de nombreux policiers et militaires en service — rapportent avoir observé des engins lumineux se déplaçant à une vitesse stupéfiante dans le ciel nocturne. L'affaire, qui restera dans les annales sous le nom d'« incident de Cosford », deviendra l'un des dossiers ovnis les plus documentés jamais traités par les autorités britanniques.
C'est Nick Pope, alors responsable du « bureau des ovnis » (le fameux Sec(AS)2a) au sein du ministère de la Défense, qui héritera de l'enquête. Selon son propre récit,« les téléphones n'arrêtaient pas de sonner »lorsqu'il prit son poste au matin du 31 mars — les rapports de la nuit précédente s'étant accumulés sur son bureau.
Sur les collines du Somerset, « comme deux Concorde accolés »
Le premier témoignage marquant provient des Quantock Hills, dans le Somerset, où un policier accompagnant un groupe de scouts décrit un engin triangulaire glissant dans le ciel à très grande vitesse. Sa description, restée célèbre, compare la forme aperçue à deux avions supersoniques Concorde volant côte à côte, comme soudés l'un à l'autre. D'autres signalements affluent alors de Cornouailles, du Devon et des West Midlands, dessinant une vague d'observations qui semble balayer tout le sud-ouest de l'Angleterre en quelques heures à peine.
RAF Cosford : deux lumières blanches « à très grande vélocité »
C'est cependant au-dessus de la base aérienne de RAF Cosford, dans le Shropshire, que se produit le signalement qui donnera son nom à toute l'affaire. Une patrouille de la police militaire de la RAF rapporte avoir vu passer, à environ 300 mètres d'altitude, deux lumières blanches crémeuses accompagnées d'une faible lueur rougeâtre à l'arrière, sans le moindre bruit de moteur. Le rapport officiel de la police de l'air, classé « Police In Confidence », insiste sur la vitesse extrême de l'objet et sur son silence total — deux caractéristiques qui excluent, selon les témoins, tout appareil conventionnel connu.
RAF Shawbury : un faisceau lumineux qui « semblait chercher quelque chose »
Un peu plus d'une heure plus tard, c'est au tour de la base voisine de RAF Shawbury d'être le théâtre d'une observation plus spectaculaire encore. L'officier météorologue de service, que Nick Pope ne nommera jamais publiquement par respect pour son anonymat, décrit un engin de la taille d'un avion de transport C-130 ou d'un Boeing 747, se déplaçant lentement — à peine 50 kilomètres à l'heure — vers le périmètre de la base. L'appareil projette alors un faisceau lumineux semblable à un rayon laser, qui balaie le sol d'avant en arrière comme s'il « cherchait quelque chose ». Un bourdonnement grave et continu se fait entendre, perceptible presque autant que audible. Puis, brusquement, la lumière s'éteint et l'objet s'éloigne à une vitesse fulgurante, laissant le témoin — habitué pourtant à observer des appareils militaires — décontenancé.
Le radar reste muet, la Défense s'inquiète
Fait troublant : ni RAF Shawbury ni RAF Cosford ne parviennent à détecter le moindre écho sur leurs radars au moment des observations. Dans son rapport officiel transmis à sa hiérarchie, Nick Pope ira jusqu'à écrire qu'un objet non identifié semblait avoir opéré dans la région de défense aérienne du Royaume-Uni sans être détecté, ce qui, selon ses propres termes, revêtait une signification pour la défense justifiant une enquête approfondie. Le ministère ira jusqu'à interroger officiellement l'armée américaine pour savoir si les engins observés provenaient de ses propres appareils — une démarche rare, révélatrice du sérieux avec lequel l'affaire fut traitée en coulisses.
La piste du débris spatial : l'explication qui divise
Toutes les explications ne penchent cependant pas vers l'extraordinaire. Dans la soirée du 30 mars 1993, l'Union des États indépendants — héritière de l'URSS — avait mis sur orbite un satellite radio à l'aide d'une fusée dont l'étage propulseur s'était ensuite désintégré en rentrant dans l'atmosphère. Les trajectoires calculées par simulation informatique pour la chute de ces débris coïncident, selon certains chercheurs, avec plusieurs signalements de « lumières brillantes » survenus cette nuit-là. Jenny Randles, figure de la British UFO Research Association, avancera même que le témoignage de l'officier météorologue de Shawbury pourrait s'expliquer, non par un engin extraordinaire, mais par le passage d'un hélicoptère de la police — l'intéressé ayant lui-même, des années plus tard, reconsidéré sa propre observation en ce sens.
Un dossier qui, trente ans plus tard, refuse de se refermer
Malgré ces pistes prosaïques, l'incident de Cosford continue de diviser chercheurs et sceptiques. Nick Pope lui-même maintiendra, des décennies durant, qu'aucune explication ne permet de rendre compte de la totalité des témoignages recueillis cette nuit-là — en particulier du faisceau lumineux et du bourdonnement décrits à Shawbury. Ses détracteurs, eux, pointent des incohérences dans la chronologie qu'il a présentée au fil des années, notamment quant à l'écart de plus d'une heure séparant les observations de Cosford et de Shawbury, incompatible avec l'idée d'un même engin filant d'une base à l'autre. Le ministère de la Défense britannique a depuis rendu publics l'ensemble des dossiers relatifs à cette nuit du 30 au 31 mars 1993, rompant avec sa position traditionnelle selon laquelle les ovnis ne présentaient « aucun intérêt pour la défense ».
« Il semble qu'un objet non identifié, d'origine inconnue, ait opéré dans la région de défense aérienne du Royaume-Uni sans être détecté par le radar ; ceci paraît revêtir une importance considérable pour la défense, et je recommande que l'on approfondisse l'enquête. » — Note de Nick Pope au ministère de la Défense, avril 1993
Extrait traduit du rapport de la police de l'air de RAF Cosford
« La patrouille a observé deux lumières blanches de teinte crémeuse, accompagnées d'une faible lueur rouge à l'arrière, traversant l'espace aérien de la base à très grande vélocité, à une altitude estimée à environ 300 mètres. Aucun bruit de moteur n'a été perçu. Des renseignements complémentaires, recueillis auprès d'autres bases militaires, d'aéroports civils et de la police locale, font état de plusieurs signalements civils concordants dans la même région et au cours de la même période. » — Rapport de la police de la RAF, classé Police In Confidence, mars 1993 (traduction)
Entre 1982 et 1986, plusieurs milliers d'habitants du comté de Westchester, dans l'État de New York, ont rapporté l'apparition récurrente d'un immense engin silencieux, en forme de V ou de boomerang, glissant à basse altitude au-dessus du Taconic Parkway. Ni les enquêteurs de l'époque ni les autorités n'ont jamais totalement élucidé le phénomène.
Un réveillon pas comme les autres
Tout commence, si l'on en croit les archives rassemblées par les premiers enquêteurs, dans la nuit du 31 décembre 1982, à quelques minutes de minuit. Un policier retraité, installé dans son jardin de la ville de Kent, aperçoit vers le sud un groupe de lumières rouges, vertes et blanches. Il pense d'abord à un avion en détresse. Mais l'objet passe au-dessus de sa maison à une hauteur qu'il estime à environ 150 mètres, trop lentement et trop silencieusement pour un appareil conventionnel — seul un bourdonnement sourd, lointain, accompagne sa progression. En l'observant, l'homme distingue une silhouette triangulaire sombre reliant les points lumineux disposés en V.
Ce témoignage isolé restera longtemps sans écho. Il faudra attendre l'hiver suivant pour que l'affaire prenne une tout autre dimension.
La nuit du 24 mars 1983 : le standard téléphonique de Yorktown saturé
Une semaine après qu'un adjoint du shérif, Dennis Sant, a observé près de Brewster un objet métallique gris qu'il décrira comme « une ville de lumières », les signalements repartent de plus belle. Le 24 mars 1983, un ancien policier aperçoit une nouvelle fois la formation en V, cette fois accompagnée d'un bourdonnement plus perceptible. La même nuit, un ingénieur en informatique d'IBM, Ed Burns, circule sur le Taconic Parkway près de Millwood lorsque sa radio se met à grésiller ; il s'arrête sur le bas-côté, comme des dizaines d'autres automobilistes, pour observer ce qu'il décrira comme un « vaisseau triangulaire » gigantesque et parfaitement silencieux.
À Yorktown, les appels affluent en telle quantité que le standard de la police locale menace littéralement de s'effondrer sous la charge, au point que les autorités craignent de ne plus pouvoir traiter les urgences réelles. Deux officiers présents sur les lieux au même moment livreront pourtant des descriptions contradictoires : l'un parle d'une masse unique portant plusieurs feux, l'autre évoque une formation resserrée de petits avions — une divergence qui nourrira, des années durant, le débat sur la nature exacte du phénomène.
Une enquête scientifique s'organise
Le 26 mars 1983, le quotidienWestchester-Rockland Daily Itempublie en une un article resté célèbre, titré sobrement : « Des centaines affirment avoir vu un OVNI ». L'article attire l'attention d'un groupe de chercheurs indépendants proche de J. Allen Hynek, ancien conseiller scientifique de l'armée de l'air américaine pour les projets Sign, Grudge puis Blue Book, et fondateur du Center for UFO Studies. Aux côtés de l'astronome, l'enseignant et enquêteur Philip J. Imbrogno prend la tête des investigations de terrain.
L'équipe met en place une ligne téléphonique dédiée et recueille plus de trois cents appels en une seule soirée, rien que pour la nuit du 24 mars. Un témoin cité plus tard dans leur ouvrage résumera l'impression générale en une phrase restée célèbre parmi les chercheurs du dossier : s'il existait une chose telle qu'une cité volante, c'est exactement à cela que ressemblait l'objet observé cette nuit-là. Au terme de leurs recherches, Hynek, Imbrogno et le journaliste Bob Pratt publieront le résultat de cette enquête dansNight Siege: The Hudson Valley UFO Sightings, qui reste aujourd'hui la référence documentaire sur l'affaire.
Un objet, ou des dizaines de pilotes facétieux ?
Face à l'ampleur des témoignages, l'explication la plus communément avancée fut celle d'un canular : un groupe de pilotes amateurs volant en formation serrée à bord d'ultralégers, feux clignotants allumés, pour simuler un vaisseau unique. La thèse trouve un début de confirmation macabre le soir d'Halloween 1984, lorsqu'un petit avion se pose à l'aérodrome de Stormville — l'un des points de passage récurrents de l'objet — et que son pilote est interpellé par un policier d'État le soupçonnant d'être impliqué dans la mise en scène. L'homme nie toute implication et ne sera jamais inculpé, mais le rapport rédigé par l'officier ce soir-là deviendra, aux yeux des sceptiques, la pièce à conviction de l'explication rationnelle.
Imbrogno lui-même récusera pourtant cette lecture univoque des faits. Il fera valoir que l'objet avait été vu bien avant que ces vols groupés de nuit ne commencent, et que des témoins ayant assisté à plusieurs apparitions distinctes rapportaient des différences nettes d'une observation à l'autre — certaines correspondant à la description d'un engin unique et rigide, d'autres, plus tardives, à celle d'un essaim de petits appareils. Un contrôleur aérien, Anthony Capaldi, ayant lui-même observé l'objet au-dessus de Stormville à l'été 1983, notera par ailleurs que des avions volant en formation aussi serrée auraient nécessairement produit un bruit de moteur perceptible — or la quasi-totalité des témoins insistent au contraire sur le silence presque total de l'appareil, rompu tout au plus par un léger bourdonnement.
Le survol du site nucléaire d'Indian Point
L'épisode qui donnera à l'affaire sa tournure la plus troublante survient les 14 juin et 24 juillet 1984, lorsque plusieurs témoins — parmi lesquels des agents de sécurité de la centrale nucléaire d'Indian Point, sur la rive est de l'Hudson — signalent un objet structuré de grande taille évoluant lentement ou stationnaire à proximité immédiate des réacteurs. L'un des gardes en poste estimera l'engin à une centaine de mètres de long, évoluant à moins de trois cents mètres d'altitude, et le comparera à plusieurs hélicoptères volant en formation extrêmement rapprochée. Pour les partisans de l'hypothèse extraordinaire, la proximité d'une infrastructure aussi sensible qu'une centrale nucléaire rendait la thèse des pilotes farceurs nettement moins convaincante ; nul amateur d'ultraléger, faisait-on valoir, ne prendrait le risque de survoler ainsi une installation classée.
Un phénomène qui déborde largement le Westchester
Selon les estimations avancées par l'équipe de Hynek et Imbrogno, l'objet — ou les objets — aurait été aperçu par plus de cinq mille témoins entre 1982 et 1986, sur une zone qui déborde largement le seul comté de Westchester : les signalements couvrent aussi les comtés de Putnam et Dutchess, et s'étendent jusqu'au Connecticut voisin, à New Haven et Brookfield. Les rapports indiquent une trajectoire privilégiée le long du couloir formé par le Taconic Parkway, avec une prédilection marquée pour le survol de plans d'eau, et une apparition exclusivement nocturne — aucun témoignage fiable ne fait état d'une observation en plein jour.
L'affaire connaîtra un net regain médiatique en 1992, lorsque l'émission américaineUnsolved Mysterieslui consacre un reportage. Le programme parvient à réunir un groupe de pilotes prêts à revendiquer la responsabilité des vols en formation — mais ceux-ci se dérobent au moment de reproduire en public la manœuvre en V qu'ils prétendaient avoir exécutée, invoquant les infractions au règlement de l'aviation civile qu'une telle démonstration aurait impliquées. L'énigme, à ce jour, demeure officiellement non résolue.
Repères chronologiques
31 décembre 1982 — Première observation répertoriée, à Kent, New York. 17 mars 1983 — Observation par l'adjoint du shérif Dennis Sant près de Brewster ; circulation interrompue sur l'Interstate 84. 24 mars 1983 — Vague majeure de signalements ; standard téléphonique de Yorktown saturé ; plus de trois cents appels reçus par la ligne d'enquête en une nuit. 26 mars 1983 — Publication de l'article du Westchester-Rockland Daily Item ; lancement de l'enquête de Hynek et Imbrogno. Été 1983 — Observation par le contrôleur aérien Anthony Capaldi au-dessus de Stormville. 14 juin et 24 juillet 1984 — Survols signalés à proximité de la centrale nucléaire d'Indian Point. 31 octobre 1984 — Interpellation d'un pilote à l'aérodrome de Stormville. 1992 — Diffusion du reportage de Unsolved Mysteries.
Document d'archive — témoignage recueilli par les enquêteurs (traduction)
« S'il existe une chose telle qu'une cité volante, c'est exactement à cela que ressemblait l'objet. Il n'y avait aucun bruit de moteur, seulement ce bourdonnement grave, presque continu. Les lumières étaient disposées en V, très nettes, et l'ensemble avançait avec une lenteur qui n'avait rien de naturel pour un aéronef de cette taille apparente. »
— Témoignage cité dans Night Siege: The Hudson Valley UFO Sightings (Hynek, Imbrogno & Pratt), à propos des événements du 24 mars 1983.
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